Retour sur le Hackathon IA4Impact : Quand l'IA bouscule le code (et l'avenir du travail)
Published on October 11, 2026 by Fred R

De vendredi 17h au lendemain 16h s'est déroulé à Toulouse le Hackaton-IA4Impact auquel j'ai participé --- Ce fut sur le projet proposé par l'entreprise Lallemand : transformer une jungle de bases d'homologations nationales hétérogènes en un référentiel structuré, traçable et interrogeable.

Face à ce besoin d'extraction massive de documents (via API ou web scraping), j'ai pris une décision d'ingénierie qui n'était pas dans le cahier des charges : convertir l'intégralité des données extraites au format JSON. L'objectif ? Sortir de la logique propriétaire du commanditaire pour faciliter le partage de ces informations en pur Open Data, ou simplement fabriquer un outil interne ? Dans le doute, j'ai ajouté la licence AGPL --- code et sa présentation (généré par Claude) 

Puis, j'ai pris le temps, à l'issue de cet événement, de faire l'analyse des 23 dossiers soumis par l'ensemble des équipes sur les 6 défis proposés (Enedis, SNCF, BPCE, etc.). Et le premier mot qui me vient à l'esprit est : vertigineux.
https://nneilime.github.io/Hackaton-IA4Impact/
Sur les 19 projets réels qui ont été rendus, la maturité technique est tout simplement incroyable. Nous ne voyons plus de simples "brouillons" de hackathon : nous avons face à nous des MVP avancés, parfois déjà déployés sous Docker, avec des interfaces full stack (React/Vite, FastAPI) et des tests intégrés. Le groupe-3, par exemple, a tombé près de 27 900 lignes de code et 14 fichiers de tests en un temps record.

L'Éléphant dans la pièce : l'IA écrit le code, que feront les humains ?


Soyons clairs : une telle production aurait pris des mois, voire des années à des équipes entières il y a encore peu de temps. Aujourd'hui, l'Intelligence Artificielle générative permet à de petits groupes de produire des architectures logicielles massives en quelques jours.
C'est fascinant, mais c'est aussi un tsunami social. J'ai pris le temps d'aborder ce sujet directement avec les étudiants pour les sensibiliser : ces outils réduisent drastiquement le nombre de bras et de cerveaux nécessaires pour produire du code. Des emplois entiers vont disparaître ou être totalement redéfinis. Si l'IA fait le travail de dix développeurs juniors, notre modèle économique basé sur le salariat classique va s'effondrer.

C'est précisément pour cela que la question du Logiciel Libre et des Communs Numériques n'est plus un débat de geeks, mais une urgence de société. Si nous ne possédons pas les outils que nous créons, nous serons balayés.


Le point aveugle des étudiants : Le Droit, les Licences et les Données


Si l'IA est géniale pour générer des fonctions Python, elle ne réfléchit pas (encore) à la propriété intellectuelle ni à la sécurité. En fouillant dans les dépôts (README, manifests, greps), j'ai fait un constat alarmant :
  • L'hygiène des données est critique : Des équipes ont "committé" des bases de données SQLite entières, des fichiers .env (heureusement sans clés réelles détectées), des fichiers temporaires Office, et pire, des données RGPD (un fichier participants.txt avec noms et emails pour le groupe-23 !).
  • 15 projets sur 19 n'ont AUCUNE licence : Juridiquement, cela signifie "Tous droits réservés". Le code est verrouillé par défaut.
  • Des violations de droits d'auteur invisibles : On retrouve des modèles 3D sous licence non-commerciale (groupe-1), des données aspirées sans attribution (FAQ BPCE), et l'oubli systématique de créditer les sources ouvertes comme OpenStreetMap ou les données Etalab.


Pourquoi j'ai choisi l'AGPL-3.0 pour notre projet (papiche)


Pour le défi Lallemand (veille réglementaire des produits phytopharmaceutiques), notre projet papiche est le seul du hackathon à appliquer la licence AGPL-3.0.

Pourquoi ce choix militant ? Parce qu'il s'aligne directement avec la charte du G1FabLab et de l'écosystème UPlanet / Astroport.ONE.

L'AGPL (Copyleft fort) garantit que toute personne ou entreprise qui utilisera notre code sur un serveur réseau (SaaS) devra à son tour partager ses améliorations. C'est une protection vitale contre la privatisation discrète de nos communs logiciels par des industriels.

L'objectif de notre communauté n'est pas de finir comme un outil propriétaire oublié dans un tiroir de commanditaire, mais de devenir une application du réseau Web3, construite au-dessus de la Monnaie Libre (Ğ1). Puisque l'IA va raréfier l'emploi-dette, nous bâtissons l'infrastructure pour vivre sans !